La quête du Graal et ses avatars contemporains (2011)

La quête du Graal est sans doute le plus grand mythe de l’Occident et une œuvre littéraire et spirituelle d’une grande force. Des contes celtiques oraux serviront en partie de base à la légende arthurienne.

Au XII° siècle apparaissent les premiers écrits concernant ce que l’on va appeler « la matière de Bretagne », histoire du roi Arthur et de ses Chevaliers de la Table Ronde en leur cité imaginaire de Camelot. A la fin de ce siècle, Chrestien de Troyes fait entrer l’histoire dans la littérature romane dont « Perceval ou le conte du Graal ».

Au XIIIe siècle, Robert de Boron s’empare de la matière arthurienne beaucoup trop entachée de paganisme et d’amour profane, et la christianise.

Le Graal, d’abord plat magique païen apportant la nourriture en abondance, devient un calice dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ. A la suite de Boron, l’allemand Wolfram von Eschenbach écrit un « Parsifal » qui prétend retrouver des sources authentiques, mais s’installe loin des contes celtiques et près des sagas nordiques. Wagner reprendra cette voie, qu’il teintera d’influences bouddhistes.

Toute l’Europe s’empare peu à peu du Graal, ce qui explique qu’on le retrouvera plus tard chez Cervantès aussi bien que chez Dante. Mais c’est en Grande Bretagne que l’histoire vient s’achever dans « La morte d’Arthur » de Thomas Malory à la fin du XV° siècle.

Puis, cette immense œuvre littéraire disparaît dès la Renaissance, dans l’oubliette où l’on jette le Moyen Age, pour en ressortir avec le romantisme, puis le symbolisme et les surréalistes, et envahir jusqu’à nos jours l’imaginaire d’une foule de créateurs.

Les acteurs de la quête relèvent d’un ordre initiatique, celui de la Table Ronde, et la quête du Graal est riche en symboles connus des sociétés initiatiques, comme la Franc-Maçonnerie : voyages et épreuves, valeurs spirituelles, principes de solidarité, mais aussi cheminement intérieur, approches de mystères (labyrinthes, lieux inaccessibles, rituels étranges…), langage ésotérique… Autant d’éléments repris par le pseudo mouvement Rose Croix au XVI° siècle qui unit l’humanisme naissant aux énigmes alchimiques et à la quête du Graal elle-même, perfusant ainsi la franc-maçonnerie deux siècles plus tard. Mais la richesse d’interprétation des multiples voies de la quête du Graal peut en faire un simple roman d’aventures chevaleresques, aussi bien qu’une exploration psychanalytique d’une étonnante modernité.

Les avatars contemporains

Aujourd’hui, le merveilleux païen chassé de la geste arthurienne a été récupéré par les courants littéraires anglo-saxons de « l’heroic fantasy » fondés sur les mondes de Tolkien (« Le Seigneur des Anneaux »). Les sectes s’en inspirent dans des représentations de pacotille (« L’Ordre du Temple Solaire »). Les nazis montèrent une expédition pour aller chercher le Graal du côté de Montségur, d’autres le situent encore sous une chapelle templière écossaise.

Dans la lignée des premiers super héros (Jason, Orphée, Ulysse, Hercules et autres Sindbad), les chevaliers du Graal revivent depuis le XIXe siècle chez nombre d’auteurs de talent (Mark Twain, Apollinaire, Powys, Gracq…), ou dans les œuvres de Marion Zimmer Bradley, Jean Markale, Barjavel …, mais aussi dans des thrillers ésotériques du genre du « Da Vinci code ».

Au cinéma hollywoodien des années 50 (« Lancelot », « Les chevaliers de la Table Ronde », « Prince Vaillant »), ont succédé les incursions de Rohmer (Perceval) et Bresson (Lancelot), la récupération de Boorman (Excalibur), le passage en dessin animé (Merlin l’enchanteur), la parodie des Monthy Pyton (Sacré Graal), l’hommage de Spielberg (Indiana Jones et la dernière croisade), le subtil « Roi pêcheur » SDF de Robin Williams, la version SF de Starwars, , la série lyonnaise « Kaamelot », et une pléiade de jeux vidéo.

Cf les symboles de la quête spirituelle, le royaume de Shambala dans le glossaire.