Les sagesses chinoises

Taoïsme, confucianisme, bouddhisme : au pays de l’Empire du Milieu, ces traditions spirituelles font l’objet d’une certaine dévotion depuis l’assouplissement du régime communiste il y a une vingtaine d’années. Dans la province du Shanxi, près de la ville de Datong, le monastère de XUAN KING Si ou monastère suspendu, dédié aux trois cultes, est unique en Chine. Dans le temple principal qui surplombe la falaise, les statues de Bouddha, Confucius et Lao Zi sont réunies.

CONFUCIUS et le confucianisme Kong Fuzi, Maître Kong, autrement dit Confucius aurait vécu entre 551 et 479 av JC dans une famille pauvre de l’état de Lu. Fonctionnaire, il accèda à un poste élevé mais fut contraint à l’exil par suite d’intrigues politiques vers 495. Errant d’un état à un autre, ce philosophe a réfléchi aux règles de comportement pour les gouvernants : "Qui veut gouverner doit d’abord se gouverner soi-même" l’homme politique se doit de donner l’exemple. Le sage confucéen est un homme de qualité, honnête, doux pour les autres, sévère pour lui-même. Altruiste, bienveillant, respectant la parole donnée, prudent et circonspect. Ces vertus sont fondées sur la réflexion et l’étude, sur le savoir et l’esprit critique. Confucius dit : "Je n’invente rien, je transmets". Il souligne ainsi le nécessaire respect des anciens, la pratique de la piété filiale, le culte de la famille. Son enseignement imposait l’observation de rites limitant la liberté individuelle au profit de la hiérarchie, n’excluant pas cependant pour chacun la possibilité de s’élever. "..... Décide ton chemin, manifeste- toi par la vertu, dirige-toi selon l’humanité, réjouis-toi de la beauté...." ".... D’un homme commun, devient un homme supérieur."

LAO ZI et le taoïsme La vie de Lao Tseu (né vers 550 av JC) tient beaucoup de la légende : sa mère l’aurait conçu en observant une étoile filante. Au moment de l’enfantement, elle s’installa sous un prunier. Elle donna naissance à un homme adulte à la chevelure blanche, aux lobes d’oreilles allongés, ce qui était un signe de sagesse. Elle l’appela Li Eul "Li" en référence au prunier "Eul" signifiant l’oreille. On le connaîtra sous le nom de Lao Zi (vénérable Maître). Lao Zi étudia tous les textes classiques, puis à l’âge de 160 ans quitta la ville pour vivre en ermite. Selon lui le but de l’existence est "la paix de l’esprit et la santé du corps". Vivre comme un enfant de façon innocente, simple, spontanée et naturelle. La légende dit encore que Lao Zi rédigea le Tao Te King, son témoignage de sagesse en trois jours, puis il disparut sur un buffle. De sa rencontre avec le "Vieux Maître" Confucius dira "le dragon se situe au delà de ma connaissance, il s’élève dans le ciel sur les nuages et suit le vent. Aujiourd’hui j’ai vu Lao Zi. Il est comme le dragon !"

Le taoïsme philosophique : le sage taoïste est celui qui est sans désir, sans volonté de régir, d’ordonner. Semblable à l’enfant, ses vertus sont l’humilité, la pauvreté, la modération. Il doit se fondre dans la nature. Le taoïsme populaire : fait de pratiques magiques, lié à des recettes alchimiques, à des techniques respiratoires, et sexuelles, visera à allonger la durée de la vie et à procurer l’immortalité, et comprendra de nombreuses divinités et êtres spirituels.

SIDDHARTA GAUTAMA et le bouddhisme Rappel sommaire : Siddharta "celui par qui tout bienfait arrive" naquit vraisemblablement vers 566 av JC. Quittant famille royale et honneur, en quête de vérité il se fit ascète et prit le nom de Gautama. Etudiant la voie du salut, il passa 7 ans à jeûner, à se mortifier, à s’entraîner à la concentration spirituelle jusqu’au jour de l’illumination qui selon lui révéla le "Bodhi" ou "connaissance libératrice". Dès lors, on le surnommera Bouddha.

Le Bouddha a donné sa doctrine dans le sermon de Bénares (Inde), il y exprimait cette vérité : la vie est douleur car nous sommes sans cesse animés par le désir de voir durer éternellement les moments de bonheur, par la crainte de vieillir, de mourir. Dans le bouddhisme, le sage doit anéantir en lui le désir, source de douleur, pour atteindre le nirvana (totale et béatifique extinction des illusions de l’individu). Cette vison du monde si radicale s’est introduite en Chine et a réussi à occulter en partie le confucianisme et le taoïsme au moins jusqu’au IX ème siècle.

Le bouddhisme chinois : implantées à partir du 1er millénaire le Chan et Terre Pure, deux branches majeures du Mahayana furent à la fois soutenues ou combattues par les empereurs et ont connu une diffusion progressive. En se confrontant à d’autres croyances et systèmes de pensée, elles ont été soumises à une lecture proprement chinoise, très syncrétrique. D’abord parce que, historiquement, le vocabulaire du taoïsme a été utilisé pour traduire les textes du Bouddha. Ensuite parce que le bouddhisme s’est accommodé des traits spécifiques de la culture religieuse ou même sociale chinoise. Il n’est donc pas rare de trouver en un même lieu une salle de prières et d’offrandes dédiée aux 16 arhats, des disciples du Bouddha qui, pour la tradition, ont fait voeu de rester dans le monde pour aider les êtres, à côté d’un autel dédié aux Immortels du Tao non loin d’une repésentation de Confucius. Les jours importants - mariage, examen, voyage- il est courant que des offrandes soient déposées dans chacun des temples ou autels locaux. Guanyin en est peut-être la meilleure expression. Masculin à l’origine, ce bodhisattwa manifestant la compassion, est devenu féminin et a été intégré au groupe des Immortels du Tao.

Portfolio